A NOUS AUTRES………..

 

 

 

Dans cette exposition, Corine Borgnet nous présente une œuvre, consacrée à des portraits d'artistes effectués à partir de photos d'enfance... édifié un Mémorial aux cent visages.

 Toujours en perpétuelle métamorphose, la pertinence du travail de Corine Borgnet se trouve dans sa capacité de mettre en présence l'autre au travers de son moi omniprésent, cela lui permet d'aborder la relation au corps, corps de l'autre transformé par le moi de l'artiste 


 Son travail évolue essentiellement autour des notions d’identité, identité physique qui se transforme avec l’âge et sur la redéfinition de nous-même que cette transformation engendre nécessairement.

 Le corps est essentiel. Elle l'examine, l'observe, l’interroge .C’est aussi par ce biais qu'elle construit son rapport à l'autre. C'est en fait d’altérité dont il est toujours question dans le travail de cette artiste: se définir soi-même dans son rapport à l'autre et cette notion apparaît comme le fil conducteur de tout un univers.

 Le choix des portraits d’artistes semble s’imposer naturellement : Corine Borgnet le dit elle-même  «… puisqu’on utilise le même langage visuel pour s’exprimer… quelles sont les barrières?… la seule, entre l’autre et moi, n’est que cette peau… qui nous définis comme individu et, en même temps, nous sépare. »  

 Dans cet ensemble de portraits, il y a ceux qui sont fidèles à l’image et ceux qui le sont moins. Construit  en une variation de gris jusqu’au blanc du papier avec des nuances de rose. Cette couleur qui évoque cette peau qui nous est propre. Ce derme,  que l'artiste s'ingénie  à ouvrir, transformer et qui finalement enveloppe ces portraits, occupe une place omniprésente dans les tableaux.

 Trouver une ressemblance entre la photo de jadis, ce que l’artiste était dans son jeune âge, et maintenant s’avère important… cette métamorphose du visage de l’autre, l’artiste en puissance, devait garder des traces afin que Corine puisse transmettre l’expression... connaître, reconnaître…              

 En 2001 dans son installation « La Tour de Babel »  Corine Borgnet a reconstruit  la  fameuse tour en collectionnant des post-it rédigés dans autant de langue possible. Ces messages personnels, jetables, écrits par d'autres pour un autre ont permis l'édification d’une nouvelle Tour de Babel . Pour réaliser cet œuvre, Corine Borgnet a dû, lire et trier ces messages qui ne lui sont pas adressés… ces messages, notes, pensés des autres sont devenu les briques de son édifice, sa matière première de construction. Recycler une partie déjà consommée et rejetée de la vie quotidienne des autres dans une œuvre vivante et parlante

 Dans cette même mouvance, Corine  Borgnet aujourd’hui  édifie  un « Mémorial » regroupant des artistes de toutes nationalités. Toujours les autres, les comprendre, les fouiller en quelque sorte, sans violence, mais plutôt avec beaucoup d’attention. Quelque part, Corine œuvre à  les rapprocher, à chercher cette altérité  « le caractère de ce qui est autre » ou la reconnaissance de l’autre dans toute sa différence. 

 

Hanibal Srouji

 


Hanibal Srouji